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Home » Issue 9 » Qu’est-ce qui a tué les mammouths laineux?

Qu’est-ce qui a tué les mammouths laineux?

Traduit par Nicole Millon. Cité Scolaire Internationale, Lyon


Mammouth laineux
Avec l’aimable autorisation de Mauricio Anton; source: Wikimedia commons

Le changement du climat n’a rien de nouveau. Caitlin Sedwick raconte comment un modèle informatique aide les chercheurs à expliquer l’extinction des mammouths laineux.

Il y a 42 000 ans, pendant la dernière glaciation du pléistocène, les mammouths laineux tonnaient sur les vastes steppes gelées du continent eurasien. Ces bêtes énormes prospéraient sur la toundra aride du dernier âge glaciaire, car elles étaient adaptées à des températures qui gèleraient les doigts de pied de n’importe quel singe sans poils. Toutefois, au milieu de l’holocène, les glaciers se retirèrent et les mammouths laineux s’approchèrent de l’extinction. Ce qui les acheva, selon David Noguès-Bravo et ses collègues, ce fut bien le changement du climat, mais avec l’aide des hommes.

Depuis que Mikhail Adams a mis à jour les premiers restes fossilisés de mammouth en Russie en 1806, les chercheurs discutent sur ce qui est arrivé à ce parent reculé de l’éléphant d’Asie (Gross, 2006). S’est-il éteint parce que son habitat a disparu, au moment où le climat de la planète se réchauffait et où la végétation et le régime des précipitations changeaient ? Ou bien des intrus humains présents sur les plaines eurasiennes l’ont-ils chassé jusqu’à extinction ? C’est une question difficile à débrouiller : en effet, le recul des glaciers à la fin du pléistocène a certes modifié l’habitat des animaux mais il a également permis à des groupes d’hommes primitifs de migrer vers le nord depuis l’Eurasie du sud, probablement en chassant tout gibier qu’ils trouvaient en chemin. Alors que les précédentes tentatives pour expliquer le devenir des mammouths étaient surtout des déductions basées sur les données disponibles, Noguès-Bravo et al (2008) ont utilisé les données pour créer des estimations quantitatives du rapport entre d’une part la réduction du territoire du mammouth et d’autre part le réchauffement ou bien la chasse.

Pour étudier les facteurs qui pourraient avoir contribué à la disparition des mammouths, les auteurs ont modélisé le climat dans les régions habitées par les mammouths, à plusieurs périodes du dernier âge glaciaire. Dans leur modèle, les données paléontologiques (qui montrent la distribution et l’âge des fossiles de mammouths) sont corrélées avec des cartes qui modélisent les températures moyennes les plus élevées, les températures moyennes les plus basses et la pluviométrie moyenne sur le supercontinent eurasien, à trois périodes de la dernière glaciation du pléistocène (il y a 42 000, 30 000 et 21 000 ans). Ensuite, ils ont appliqué leurs modèles climatiques au supercontinent eurasien il y a 126 000 ans (la dernière période de réchauffement de la planète entre deux glaciations). Mises ensemble, ces données ont permis au groupe d’estimer les caractéristiques et l’étendue de l’habitat préféré des animaux pour les périodes étudiées.


Le changement climatique et les humain ont cause l'extinction des mammouth laineux.
Avec l’aimable autorisation de Mauricio Anton; source: Wikimedia commons

Les résultats des auteurs suggèrent que les mammouths ont connu une réduction catastrophique de leur habitat: quand les dernires glaciers reculèrent et que la planète se réchauffa, 90% de l’habitat antérieur des animaux disparut. L’habitat principal des mammouth se réduisit progressivement, passant de 7,7 millions de kilomètres carrés il y a 42 000 ans (au milieu de la dernière glaciation) à 0,8 millions de kilomètres carrés il y a 6 000 ans. Les animaux furent enfermés dans des petits secteurs éparpillés sur toute l’Eurasie et dans de minuscules zones coincées contre les bordures côtières au nord.

Alors que la disparition presque totale de leur habitat aurait exerçé une forte pression sur l’espèce, la situation apparaissait encore plus désespérée pendant la dernière déglaciation il y a 126 000 ans, quand il restait seulement 0,3 millions de kilomètres carrés d’habitat pricipal. A cette époque, l’espèce oscillait probablement à la limite de l’extinction, puisque les groupes isolés géographiquement voyaient décliner leur diversité génétique et leur état général. Même ainsi, les mammouths réussirent à survivre à cette épreuve. Qu’est-ce que l’holocène a donc eu de différent ? Les troupeaux de mammouths qui restaient se trouvèrent face à un ennemi qui n’existait pas il y a 126 000 ans: des chasseurs humains.

Les Hommes ont évolué pour arriver à leur forme moderne au pléistocène, et ils ont migré vers le nord avec le retrait des glaciers, chassant les mammouths au fur et à mesure de leur avancée. Au milieu de l’holocène, les populations de mammouths étaient si vulnérables qu’il n’aurait pas fallu beaucoup de pression de chasse pour les pousser à l’extinction. Les estimations des auteurs les plus optimistes sur la taille et la densité de la population de mammouths suggèrent ceci: si chaque humain avait tué seulement un mammouth tous les trois ans, l’espèce se serait éteinte. Des estimations plus pessimistes suggèrent que l’élimination d’un seul mammouth tous les 200 ans (par homme présent dans son territoire) aurait pu sceller le destin de l’espèce.

Pour confirmer cette assertion des auteurs - les populations de mammouths rendues vulnérables par le réchauffement climatique ont été achevées par la chasse des hommes - d’autres preuves pourront encore être découvertes. Par exemple, les modélisations d’habitat des auteurs suggèrent qu’on pourrait trouver des fossiles de mammouths dans de nouvelles zones du continent eurasien. Des expéditions à ces endroits pourraient déterminer si des populations de mammouths y vivaient, et fournir plus d’indices; ainsi, les chercheurs pourront continuer à passer d’une interprétation qualitative à une interprétation quantitative des données.

Cet article a été publié dans PLoS Biology et est reproduit ici avec leur aimable autorisation.

Bibliographie

Ces références sont disponibles gracieusement en ligne.

Gross L (2006) Reading the evolutionary history of the woolly mammoth in its mitochondrial genome. PLoS Biology 4(3): e74. doi: 10.1371/journal.pbio.0040074

Nogués-Bravo D et al (2008) Climate change, humans, and the extinction of the woolly mammoth. PLoS Biology 6(4): e79. doi: 10.1371/journal.pbio.0060079

Références internet

w1 – Pour des détails sur le film L’Age de glace, voir la base de données Internet Movie Database: www.imdb.com/title/tt0268380

Ressources

Pour un récit du déclin des populations de mammouths plus précis que dans le film L’âge de glace, voir deux documentaires de la BBC TV:

Les deux sont disponibles en DVD.

Un très bon programme de la BBC Radio 4 sur le destin des mammouths peut être écouté en ligne. Voir: www.bbc.co.uk/radio4/science/frontiers_20020515.shtml

Opinion

Quand le résumé d’un article scientifique est écrit d’une manière si plaisante, simple et conviviale, c’est vraiment une excellente source d’enseignement pour un professeur de sciences ou d’anglais. Des enseignants de sciences de la vie et de la Terre du secondaire pourront l’exploiter dans un cadre inter-disciplinaire, éventuellement avec un professeur d’anglais dans une activité CLIL (projet européen qui consiste à enseigner différentes matières dans une langue étrangère, en France DNL).

Le sujet est intéressant pour tous les élèves qui se souviennent du film L’âge de glacew1, le style est à la fois plein d’esprit et précis, et le déroulement logique du texte est facile à suivre. De plus, le contenu de l’article est un parfait exemple de la démarche scientifique en action (observation, modélisation, prédiction) dans le contexte de l’évolution.

Les enseignants pourront utiliser l’article pour aborder le changement du climat au cours des temps géologiques ou des deux derniers siècles, ainsi que les méthodes de la climatologie et de la paléontologie modernes. Cet article peut aussi servir pour lier des sujets scientifiques et historiques (sciecnes de la terre, biologie mathématiques), pour une approche interdisciplinaire de l’étude de la préhistoire et de l’évolution culturelle.

La langue de l’article est assez simple pour qu’on puisse proposer des questions de compréhension, telles que les suivantes:

Les mammouths laineux eurasiens se sont éteints il y a environ:
a) 126 000 ans
b) 42 000 ans
c) 21 000 ans
d) 6000 ans.

Que s’est-il passé il y a 126 000 ans?
a) le climat de la Terre s’est réchauffé
b) les glaciers se sont retirés
c) les mammouths laineux propéraient en Eurasie
d) les humains modernes chassaient les mammouths laineux.

David Noguès-Bravo et ses collègues:
a) ont été les premiers à découvrir des mammouths laineux fossiles
b) ont émis des déductions descriptives à propos de l’extinction des mammouths laineux
c) ont modélisé les changements climatiques du dernier âge glaciaire
d) vont mettre à jour des fossiles sur le continent eurasien.

L’activité de lecture peut être complétée par la construction avec les élèves d’une frise temporelle (j’ai rélaisé une activité de ce type avec un rouleau de papier toilette dans la cour : chaque feuille représentait une certaine durée).

Enfin, cet article a un format facilement utilisable par les enseignants, et présente un bon point de départ pour d’autres activités dans le domaine excitant de l’histoire de la Terre. Le format convient aussi pour une séance unique.
Giulia Realdon, Italie

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