Solidarité enseignante : un projet anglo-rwandais Inspire article

Traduit par Camille Ducoin. Grâce à la détermination de David Richardson, professeur de physique, un nombre croissant d'élèves des écoles rwandaises découvrent les joies des travaux pratiques. Reportage de Vienna Leigh.

Le Rwanda est situé en
Afrique centrale

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Si vous mentionnez le Rwanda, cela évoque généralement des drames : le génocide Rwandais, au cours duquel 800 000 personnes ont été massacrées, ne peut ni ne doit être facilement oublié. Aujourd’hui pourtant, ce pays d’Afrique centrale est un des plus prospères du continent, avec un gouvernement efficace, une croissance économique notable et même une industrie du tourisme florissante. Mais quand David Richardson, enseignant de physique, est venu rendre visite en 2004 à un de ses collègues qui y faisait du bénévolat dans un pensionnat du secondaire, c’est le système éducatif qui a retenu son attention.

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“Les élèves sont le plus souvent motivés et animés d’un réel désir de bien faire, conscients qu’une bonne éducation est nécessaire pour aller de l’avant”, dit David, qui travaille au au Royaume-Uni dans un pensionnat de Bristol, le Clifton Collegew1. “Malheureusement, la discussion ne fait pas partie de leur enseignement. Souvent, ils ne font que copier ce qui est écrit au tableau pour essayer de le comprendre plus tard. Les enseignants ne sont pas valorisés par la société, ils ne sont pas bien payés et beaucoup ont plusieurs emplois pour joindre les deux bouts. Ils peuvent décider de quitter un établissement du jour au lendemain sans prévenir, laissant souvent les élèves sans enseignant.”

Pendant sa visite, David a enseigné à des élèves âgés de 17 ans, pendant leur temps libre. “Les travaux pratiques ne sont pas courants dans les écoles rwandaises, notamment en physique, surtout à cause du manque d’appareils”, dit-il. “Le matériel qu’ils ont est souvent incomplet ou cassé, ou ils ne savent simplement pas l’utiliser. Ils n’avaient jamais vu ne serait-ce que des circuits électriques basiques, et aucun ne savait connecter une ampoule à une pile quand j’en ai apportées pour le cours.”

Des élèves du lycée d’Ada et
du collège international Asi
Daahey à Ada, au Ghana

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Ceci a incité David à préparer une présentation d’une heure recouvrant le programme de physique. “J’ai passé deux semaines à rassembler du matériel pour expérimenter les ondes stationnaires, les oscillations dans un tuyau, l’effet Doppler et d’autres phénomènes ondulatoires”, explique-t-il. Les résultats ont dépassé ses attentes. “Rien que par bouche-à-oreille à travers l’école, la salle s’est trouvée remplie de 300 élèves ! Nous nous sommes beaucoup amusés. Quand je reviens en visite, les élèves me disent qu’ils se souviennent encore de ce qu’ils ont vu ce jour-là.”

David a alors décidé d’essayer de faire quelque-chose pour améliorer les travaux pratiques dans les collèges et lycées rwandais. Il a réfléchi à la façon de les intégrer dans le programme scolaire. “J’ai fait une liste et je suis rentré chez moi avec la mission de trouver un moyen de fournir le matériel nécessaires aux élèves rwandais”, explique-t-il.

Des élèves du lycée d’Ada et
du collège international Asi
Daahey à Ada, au Ghana

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Durant l’année suivante, il a pris contact avec le département international de l’Instite of Physicsw2(IOP) to see if they would fund his idea. “My aim was to take enough apparatus to allow five schools to carry out demonstrations in waves, dynamics, optics, electronics and modern physics,” he says. “I planned to take four colleagues with me in the summer holidays, to work with ten local teachers, training them to use the apparatus and giving them the confidence to use it with their own classes.”

L’IOP a accordé le financement. David est retourné à Kigali en août 2005, accompagné d’un coordinateur de l’IOP, David Grace, ainsi que d’une équipe de l’école Gordano, de Portishead : Paul Crossthwaite, responsable de la physique, Paul Welch, enseignant, et Adam Aziz, un élève de 18 ans, sélectionné parmi de nombreux autres lycéens candidats. “Former les enseignants a été une expérience incroyable”, dit David. “J’ai été impressionné par leur capacité de travail. Il n’y avait aucune timidité ; chacun voulait apprendre, tous étaient amicaux et heureux d’être là. Ils étaient très impatients de savoir ce qu’il y avait dans la première boîte !”

Même pendant les repas, les conversations portaient souvent sur la physique. “C’était intéressant de les entendre parler de la politique du système éducatif, et de comment les enseignants s’y adaptaient dans leurs écoles”, raconte David.

Des élèves du lycée d’Ada et
du collège international Asi
Daahey à Ada, au Ghana

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David a d’abord montré le matériel pour les circuits. “Ils ont réalisé les expériences avec soin et précision, en prenant des notes détaillées, et ils ont été ravis d’apprendre qu’ils pourraient garder le matériel”, se souvient-il.

Les enseignants ont exprimé à plusieurs reprises de nouvelles idées sur les appareils qu’ils aimeraient pouvoir présenter à leurs élèves. “On se rend vraiment compte à quel point nous sommes privilégiés dans le Royaume-Uni, quand on voit un enseignant se réjouir de pouvoir utiliser en classe des ampoules, des piles et des ampèremètres pour la première fois”, dit David.

Le projet ne s’est pas arrêté là. Quand David a renouvelé l’opération durant l’été 2006, le financement de l’IOP a permis d’augmenter de 5 à 10 le nombre d’écoles recevant le matériel. De plus, les enseignants rwandais qui avaient été formés en 2005 ont assuré la formation à la place de leurs collègues britanniques. “Il m’a semblé important que les enseignants rwandais partagent ce qu’ils ont appris avec d’autres collègues à travers le pays”, dit-il. “C’était encourageant de les entendre raconter comment ils ont utilisé le matériel qui leur a été attribué, et l’impact que cela a eu sur leurs élèves.”

Le drapeau du Rwanda
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De plus, l’IOP a également accepté de financer un atelier dans lequel les appareils nécessaires peuvent être assemblés localement. Deux techniciens, anciens élèves d’Apred Ndera, ont été formés pour fabriquer l’équipement. “En 12 mois, ils ont produit 65 ensembles complets d’appareils, prêts à être distribués dans les écoles du Rwanda”, dit David. “Ils ont présenté leurs productions pour le Rwanda et l’Ouganda dans une exposition sur l’éducation, et beaucoup en ont remarqué la qualité, peinant à croire que ces appareils avaient été produits localement.” C’est à ce moment que la revue scientifique Naturew3 a entendu parler du projet.

Elle finance actuellement le salaire des deux techniciens, initialement pour une durée de trois ans, ainsi que l’achat de composants permettant de construire 100 ensembles d’appareils par an.

L’étape finale a été d’introduire un gestionnaire de projet local, afin que le projet puisse être dirigé depuis le Rwanda. Depuis, David a rencontré des représentants du gouvernement rwandais pour discuter de l’importance des travaux pratiques dans l’enseignement secondaire. L’IOP et la revue Nature travaillent avec l’Institut d’Éducation de Kigaliw4 pour s’assurer de la continuité du projet. Une action semblable de l’IOP se déroule actuellement en Ethiopie, et il est prévu d’étendre l’initiative à d’autres pays d’Afrique comme le Ghana, la Tanzanie, l’Ouganda et le Malawiw5.

“J’espère et je crois que ce projet est un bon modèle pour la façon d’intégrer les travaux pratiques à l’enseignement des sciences dans le secondaire”, dit David. “Je suis impatient de voir comment le gouvernement relèvera le défi, et je suis convaincu qu’au final ce sont les élèves qui en verront le bénéfice : un meilleur enseignement de la physique.”

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Web References

  • w1 – Pour en savoir plus sur le Clifton College de Bristol, visitez son site Internet : www.cliftoncollegeuk.com
  • w2 – L’Institute of Physics britannique est une association déstinée à promouvoir la pratique, la compréhension et les applications de la physique. Voir : www.iop.org
  • w3 – Pour en savoir plus sur la revue scientifique Nature et ses activités associées, voir : www.nature.com
  • w4 – Davantage d’informations sur l’Institut d’Éducation de Kigali, une jeune institution publique d’enseignement secondaire au Rwanda, sont disponibles sur : www.kie.ac.rw
  • w5 – Afin de soutenir l’enseignement de la physique dans les pays les plus défavorisés, vous pouvez déposer en ligne vos dons pour le programme Physics for Development de l’IOP. Voir : www.iop.org/about/international/development/africa

Author(s)

Vienna Leigh a étudié la linguistique à l’Université de York, au Royaume-Uni, et elle a obtenu un master de litterature contemporaine. Elle a travaillé plusieurs années comme journaliste à Londres, ainsi que dans l’édition de référence comme auteure, éditrice et conceptrice. Elle a ensuite élargi son horizon scientifique au Laboratoire Européen de Biologie Moléculaire d’Heidelberg, en Allemagne, avant de partir pour l’Institut pour la Bioingénierie de Catalogne, en Espagne, comme responsable de communication.




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