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L’amidon: une structure mystérieuseSubmitted by rau on 09 June 2010
Un début de réponse vient de ce que les pâtes – tout comme le riz, les pommes de terre et le pain – contiennent une grande quantité d’amidon. Mais qu’est-ce que l’amidon? Produits dans les plantes par la photosynthèse du dioxide de carbone, les granules d’amidon sont composés de polymères du glucose et servent de réservoir d’énergie. Vers la fin de la saison de croissance des plantes, l’amidon s’accumule dans les petites branches des arbres, près des bourgeons. On le trouve également dans les fruits, les graines, les rhizomes et les tubercules. Les granules d’amidon sont très bien adaptés à un tel stockage à long terme, du fait de leur compacité, de leur siccité relative et de leur haute stabilité. Cette source d’énergie essentielle n’est cependant devenue accessible aux êtres humains qu’une fois qu’ils eurent maîtrisé le feu, car les granules d’amidon brut sont si compacts qu’ils se digèrent difficilement. Pour accroître leur digestibilité, il faut cuire l’amidon: ce n’est qu’une fois chauffé qu’il devient soluble dans l’eau et comestible. Il en résulte que l’amidon est excellent pour modifier la texture de nombreux aliments préparés pour grandes surfaces ou à la maison (par exemple comme farine de blé ou de maïs pour épaissir les sauces), et il est également utilisé depuis des siècles dans d’autres buts, y compris dans la fabrication du papier (collage), de colles ou l’empesage de tissu. De nouvelles applications de l’amidon sont en train d’émerger, comme dans des fibres diététiques à basses calories, des matériaux d’emballage biodégradables, des films minces et des matériaux thermoplastiques. Science: une petite étape à la fois Les deux compposants contiennent des chaînes de polymères des groupes glucosiques, mais les chaînes sont liées différemment. L’amylose est principalement constituée de groupes glucosiques linéaires avec le glucose lié par des liaisons (1-4) (Figure 1a), alors que l’amylopectine se présente sous forme d’une structure très dense, hautement ramifiée du fait de ses liaisons (1-6) (Figure 1b). L’amylopectine peut contenir jusqu’à une centaine de milliers de restes glucosiques, ce qui en fait la plus grosse bio macromolécule connue.
En partant de l’échelle nanométrique: hélices doubles, lamelles et superhélices
Figure 4: a) Le modèle en groupe de l’amylopectine montrant trois lamelles (marquees par des flèches)b) Enchevêtrement possible entre une chaîne d’ amylose (rouge) et des hélices doubles d’ amylopectine (vertes et jaunes) Illustration reproduite avec l’aimable autorisation de Serge Pérez, ESRF
En descendant l’échelle microscopique: anneaux de croissance et globules
En rassemblant toutes ces études, on peut être à peu près sûr de la structure à l’échelle nanométrique (hélices doubles formant des lamelles) et de l’existence des anneaux de croissance (alternant coquilles amorphes et semi cristallines); toutefois, pour les structures intermédiaires (super hélices et globules) les preuves sont moins convaincantes. En outre, la manière dont les super hélices, les globules et les anneaux de croissance sont en relation les uns avec les autres n’apparaît toujours pas clairement. La Figure 8 reprend les différents niveaux structurels (unités de glucose, hélices, lamelles, super hélices, globules et anneaux de croissance) du niveau moléculaire (10-9m) au niveau microscopique (10-5m).
Figure 8: Les niveaux d’organisation:a) Unité de Glucose b) Hélice double Haut: Image d’une fibre en diffraction de rayons X montrant une structure en hélice double (illustration reproduite avec l’aimable autorisation de Imberty et al., 1988) Bottom: model of the double-helix structure c) Lamelle Haut: Image en microscopie électronique à transmissionof d’amidon hydrolysé, montrant la forme des lamelles cristallines (avec l’aimable autorisation de Angellier-Coussy et al., 2009) Bas: modèle d’une lamelle cristalline compose d’environ 100 hélices doubles d) Super hélice Haut: Images de diffraction de rayons X aux petits angles (SAXS) et aux grands angles (WAXS) montrant la présence d’une structure en super hélice (avec l’aimable autorisation de Waigh et al., 2000) Bas: le modèle,de super hélice avec un pas de 9 nm et un diamètre de 18 nm e) Globules Haut: Image par microscopie à force atomique de la surface typique d’un granule d’amidon (avec l’aimable autorisation de Gallant et al., 1997). Les bosses visible à la surface indiquent la présence de globules Bas: modèle de globule. On pense que les globules sont plus petits dans les régions amorphes( region centrale) que dans les régions semi-cristallines regions (au dessus et au dessous) f) Anneaux de croissance Image par microscopie à transmission d’une section ultrafine d’un granule d’amidon hydrolysé, montrant les anneaux de croissance en couches alternatives de régions amorphes et semi-cristallines (avec l’aimable autorisation de I. Paintrand, CERMAV, Grenoble, France) g) Granule Haut: granule d’amidon observé par microscopie électronique à balayage (grande image) et le granule correspondant granule en lumière polarisée (cartouche) Milieu: ensemble de schémas de diffraction de rayons X microfocalisés enregistrés avec un granule d’amidon montrant la distribution et l’orientation des domaines cristallins dans un granule d’amidon. Chaque schema de diffraction correspond à une surface d’environ 3 μm2 du specimen et des pas de 7 μm séparent deux schémas (avec l’aimable autorisation de Buleon et al., 2009) Bas: section de granule d’amidon montrant l’orientation radiale des domaines cristallins (lamelles) dans un granule d’amidon Cliquer sur l'image pour l'agrandir Illustration reproduite avec l’aimable autorisation de Serge Pérez, ESRF Dès 1858, le botaniste Suisse Carl von Nägeli eut une brillante intuition lorsqu’il déclara que «Le grain d’amidon … ouvre la voie à la mise en place d’une nouvelle discipline… le mécanisme moléculaire régissant les composés organisés;». Il serait sans aucun doute surpris de voir que, plus de 150 ans plus tard, nous sommes toujours en train de nous battre pour comprendre l’architecture complexe des granules d’amidon. Amorphe: Décrit un matériau (ou partie de celui-ci) qui n’a ni ordre ni organisation. Cristal: un cristal parfait est un matériau soliide dont les atomes, molécules ou ions constituants sont arrangés selon un schéma répétitif ordonné s’étendant dans les trois dimensions de l’espace. Cristallin: ce qui a les proprieties du cristal, et par extension les parties caractéristiques d’un matériau ordonnées (par exemple, un groupe d’hélices doubles toutes disposées selon la même orientation de l’axe de l’hélice. Semi cristallin: décrit un matériau (typiquement un bio polymère) avec des parties amorphes et des parties cristallines. L’Installation Européenne de Rayonnement Synchrotron (ESRF)w1 de Grenoble, France, est un bon exemple d’une grande installation fonctionnant jour et nuit pour le bénéfice de milliers d’utilisateurs du monde entier. Un ‘utilisateur’ est un scientifique, faisant habituellement partie d’une équipe plus importante, qui a de temps en temps besoin d’un outil puissant pour obtenir des informations sur un échantillon intéressant (polymère, cristal de protéine, fossile ou milieu en réacrion catalytique, par exemple). L’ESRF produit des rayons X extrêmement intenses, appelés radiation synchrotron. Ces faisceaux de rayons X sont émis par des électrons de haute énergie circulant dans un grand anneau de stockage de 844 m de circonférence. Les faisceaux de rayons X sont dirigés vers les voies de circulation qui entourent l’anneau de stockage dans le hall d’expérimentation. Chacune des 42 voies de circulation de l’ESRF est spécialisée pour une technique ou un type de recherche spécifique. Les polymères intéressent un demie douzaine d’entre elles. A l’avenir, la recherche sur les polymères bénéficiera du Partenariat sur la Matière Faiblement Condensée (incluant les polymères) nouvellement créé. L’introduction de nano faisceaux (faisceaux de rayons X de la dimension du nanomètre toujours plus focalisés) permettra bientôt une analyse structurelle encore plus fine et fera donc encore progresser l’étude des polymères, dont l’amidon. Bibliographie Angellier-Coussy H, et al. (2009) The molecular structure of waxy maize starch nanocrystals. Carbohydrate Research 344: 1558-1566. Buléon A, Véronèse G, Putaux JL (2007) Self-association and crystallization of amylose. Australian Journal of Chemistry 60: 706-718. doi: 10.1071/CH07168 Cornuéjols D (2009). Cristaux biologiques : à l’interface entre physique, chimie et biologie. Science in School 11: 70-76. http://scienceinschool.org/2009/issue11/crystallography/french Gallant DJ, Bouchet B, Baldwin PM (1997) Microscopy of starch: evidence of a new level of granule organization. Carbohydrate Polymers 32: 177-191. doi: 10.1016/S0144-8617(97)00008-8 Imberty A et al. (1988) The double-helical nature of the crystalline part of A-starch. Journal of Molecular Biology 201: 365-378. Stanley H (2009) Boules de plasma: comment créer le 4e état de la matière avec des micro-ondes. Science in School 12: 24-29. http://scienceinschool.org/2009/issue12/fireballs/french Waigh TA et al. (2000) Side-chain liquid-crystalline model for starch. Starch 53: 450-460. doi: 10.1002/1521-379X(200012)52:12<450::AID-STAR450>3.0.CO;2-5 Références internet w1 – Pour en apprendre davantage sur l’ESRF, voir: www.esrf.eu Ressources Pour une presentation extensive de l’amidon, voir le site Internet des scientifiques de l’ESRF Serge Pérez et Anne Imberty ‘Amidon: structure et morphologie’: www.cermav.cnrs.fr/glyco3d/lessons/starch Imberty A, Pérez S (1988) A revisit to the three-dimensional structure of B-type starch. Biopolymers 27: 1205-1221. doi: 10.1002/bip.360270803 Pérez S, Baldwin P, Gallant DJ (2009) Structural features of starch. In: Starch-Chemistry and Technology, 3rd edition. BeMiller J, Whistler R (eds.). pp149-192. New York, NY, USA: Academic Press. ISBN: 978-0127462752 Chanzy H, et al. (2006) Morphological and structural aspects of the giant starch granules from Phajus grandifolius. Journal of Structural Biology 154(1): 100-120. doi: 10.1016./j.jsb.2005.11.007 Si le présent article vous a plu, vous pourrez aimer naviguer sur tous le sautres articles de Science in School sur la science à l’ESRF: www.scienceinschool.org/esrf Dominique Cornuéjols, physicienne de formation, travaille à l’ESRF depuis 1993 comme Directeur de la Communication. Elle est particulièrement impliquée dans les programmes éducatifs et à l’intention des couches défavorisées. Serge Pérez a passé des années à faire de la recherché aux Etats Unis, au Canada et en France après son doctorat en cristallographie de l’Université de Bordeaux, France. Il a occupé son premier poste de niveau doctorat au Centre de Recherches Agro Alimentaires du Canada en 1987. Il est parti à Grenoble dans les années 1990 comme Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique français (CNRS), avant de rejoindre 12 ans plus tard l’ESRF comme Directeur de Recherche. Après en avoir été codirecteur depuis 2003, il est également aujourd’hui Directeur de l’Ecole de Chimie et des Sciences de la Vie de l’Université Joseph Fourier de Gre,oble. Opinion On ne parle pas souvent de la structure de l’amidon, mais le présent article décrit la manière dont les composants de l’amidon – amylose et amylopectine – forment des niveaux structurels complexes à l’intérieur de ce polymère. On pourrait utiliser l’article comme un complément à une leçon sur la digestion ou le dosage de l’amidon. On pourrait également l’utiliser comme un exemple de l’utilisation de la technique de la diffraction des rayons X ou de la microscopie en lumière polarisée. On pourrait préparer en classe (ou comme travail à la maison) des posters sur les utilisations industrielles de l’amidon, chaque groupe prenant en charge une utilisation différente. Les méthodes industrielles de production et/ou de test de l’amidon pourraient être étudiées. On pourrait élaborer des questions sur la compréhension des phénomènes comme:
Shelley Goodman, Royaume Uni
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