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Voyage au cœur du LHCSubmitted by brown on 07 March 2011
Traduit par Ruby Veerapen
L'accélérateur de particules Le LHCw1 est un instrument scientifique gigantesque situé au Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN) près de Genève, à cheval entre la Suisse et la France. Plus grand et plus puissant accélérateur de particules au monde, le LHC est un outil crucial pour près de 10000 physiciens représentant plus de 80 pays, en quête des particules qui lèveront le voile sur la chaîne des événements qui, en une fraction de seconde après le Big Bang, ont façonné notre Univers. Le LHC sera peut-être la clé des mystères qui enveloppent à la fois les propriétés des plus petites particules et celles des plus grandes structures de notre vaste Univers.
L'expérience en elle-même est relativement simple: deux hadrons (des protons ou des noyaux de plomb) entreront en collision, à l'intérieur du LHC à une vitesse proche de celle de la lumière. L'énergie extrêmement élevée ainsi mise en jeu permettra de transformer l'énergie cinétique de ces particules en matière selon la loi d'Einstein, E=mc2. Les particules de matières ainsi créées lors de la collision seront détectées et leurs caractéristiques enregistrées. L'expérience sera reproduite jusqu'à 600 millions de fois par seconde pendant plusieurs années au cours desquelles seront effectuées principalement des collisions proton-proton, étudiées par trois des quatre détecteurs (ATLAS, CMS et LHCb). Cependant, chaque année, pendant plusieurs semaines, les protons cèderont leur place à des ions lourds (des noyaux de plomb) dont les collisions après accélération seront étudiées, principalement dans le cadre de l'expérience ALICE.
![]() La cavité accélératrice supraconductrice provoque un phénomène comparable aux vagues déferlantes que les surfeurs apprécient tant Image reproduite avec l'aimable autorisation de CERN Ainsi, ils entrent dans le LHC avec une vitesse proche de celle de la lumière à 99,9997828%. Après accélération, ils atteignent 99,9999991% de la vitesse de la lumière. C'est quasiment la vitesse maximale pouvant être atteinte, car, selon la théorie de la relativité, rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière. Bien que le gain en vitesse puisse sembler infime, à des vitesses si proches de celle de la lumière, même la plus infime des accélérations engendre un gain important de masse et c'est véritablement ce qui compte. Un proton au repos possède une masse de 0,938GeV (938 millions d'électron-volt). Les accélérateurs leur permettent d'atteindre une masse (ou une énergie, ce qui ici est pratiquement la même chose) de 7000 milliards d'électron-volt (7tera-eV ou encore 7TeV). Dans l'absolu, si l'on pouvait accélérer une personne de 100kg dans le LHC, elle atteindrait une masse finale de 700t. Les aimants ont été conçus selon un modèle deux en un: tous contiennent deux bobines entourant chacune un des tubes de faisceau. Du courant parcourt les bobines pour créer deux champs magnétiques orientés en sens opposés dans chacun des tubes, l'un vers le haut et l'autre vers le bas. C'est ainsi qu'en se déplaçant dans ces tubes distincts, des particules (qu'il s'agisse de protons ou de noyaux de plomb) de même charge peuvent suivre une trajectoire identique dans des directions opposées. En plus des aimants dipolaires, le LHC possède des aimants quadripolaires (c.-à-d. possédant quatre pôles magnétiques) qui focalisent les faisceaux, ainsi que des milliers de plus petits aimants sextupolaires et octopolaires (c.-à-d. possédant respectivement six et huit pôles magnétiques) qui corrigent la taille et la position des faisceaux. Toutes les bobines ainsi que les cavités accélératrices sont constituées de matériaux spéciaux (niobium et titane) qui deviennent supraconducteurs à très basse température, c.-à-d. qu'ils conduisent sans résistance l'électricité nécessaire à la production des champs électrique et magnétique. Pour être au maximum de leur capacité, les aimants doivent être refroidis jusqu'à atteindre une température de -271,3°C (1.9K), température encore plus basse que celle de l'espace. Une telle température est atteinte grâce à un système de distribution d'hélium et d'azote liquide (voir encart) connecté à une grande portion de l'accélérateur. Si le système de distribution cryogénique du LHC ne faisait qu'un tiers de sa taille actuelle, il serait encore le plus grand réfrigérateur au monde. Autour de l'anneau se trouvent quatre points où la chaîne des aimants est brisée. Il s'agit des emplacements de quatre énormes cavernes réservées aux expériences du LHC et à leurs détecteurs. À ces emplacements, les trajectoires des faisceaux interne et externe sont amenées à se croiser et à échanger leur position au sein de tubes de faisceaux spéciaux en formes de X. Dans chacun de ces quatre tubes, les faisceaux se croisent à un angle de 1,5 degré et entrent ainsi en collision. Un unique paquet de protons se déplaçant à vitesse maximale a la même énergie cinétique qu'un éléphant d'une tonne courant à 50km/h. L'énergie totale contenue dans le faisceau est alors de 315 mégajoules (MJ), ce qui est suffisant pour faire fondre presque 500kg de cuivre. C'est pourquoi des efforts considérables ont été faits pour assurer la sécurité au LHC. Si un faisceau devenait instable, des capteurs le détecteraient immédiatement et il ne faudrait pas plus de trois tours de circuit complets, soit moins d'un millième de seconde, pour que le faisceau soit dévié vers une sorte de sortie de secours où il serait absorbé par des plaques de graphite et du béton avant d'avoir pu faire d'autres dégâts (voir schéma ci-dessus). Les expériences Chaque fois que deux protons entreront en collision dans le LHC, l'énergie cinétique mise en jeu sera de 7+7=14TeV (1140TeV dans le cas des collisions entre noyaux de plomb). Les particules produites par suite de la transformation de cette énergie en matière seront détectées et leurs caractéristiques mesurées. La physique quantique prédit que toutes les particules du modèle standard (décrit dans l'article de Landua & Rau, 2008) ont une certaine probabilité d'être produites lors de ces collisions. Malheureusement, dans le cas des particules lourdes tant convoitées par les scientifiques, cette probabilité est très faible car elles ne peuvent être créées que lors de collisions suffisamment dures (collisions frontales) ce qui ne devrait arriver que rarement. La théorie prédit que les bosons de Higgs (pour de plus amples informations sur le boson de Higgs, voir Landua & Rau, 2008) et autres phénomènes complètement nouveaux que les scientifiques espèrent mettre à nu, seront créés, mais en proportion très faible (de l'ordre d'une occurrence pour 1012 collisions). Ainsi, afin d'augmenter les chances de trouver «l’aiguille dans des millions de bottes de foin», le LHC fonctionnera 24 heures sur 24 pendant plusieurs années. Les événements (un événement définit la collision et toutes les particules alors produites) sont étudiés grâce à de gigantesques détecteurs capables de reconstituer ce qui s'est passé lors de la collision et de gérer la masse impressionnante de données. On peut comparer ces détecteurs à d'immenses appareils photos numériques 3D capables de prendre jusqu'à 40 millions d'instantanés à la seconde en numérisant les informations de dizaines de millions de capteurs. Ils sont composés de couches de sous-détecteurs ayant chacune une fonctionnalité propre (voir schéma ci-dessus). Les couches externes sont les plus denses et les plus compactes. En théorie, les particules lourdes que les scientifiques espèrent détecter dans les collisions du LHC ont une durée de vie très courte et se désintègrent rapidement en des particules plus légères et déjà répertoriées. Après une collision dure, des centaines de ces dernières, comme les électrons, les muons ou les photons, mais aussi les protons et neutrons entre autres, traverseront le détecteur à une vitesse proche de celle de la lumière. En les détectant, il sera possible de déterminer l'existence des particules lourdes qui les auront engendrées. Les détecteurs sont construits de manière à encercler hermétiquement la zone d'interaction afin de ne rien perdre des transferts d'énergie se produisant lors d'un événement, pour ensuite reconstituer ce dernier avec précision. En combinant les informations enregistrées par les différentes couches, il est possible de déterminer le type de particule qui a laissé chacune des traces énergétiques détectées. Les électrons, protons, muons et autres particules chargées laissent des traces par ionisation. Les électrons, très légers, perdent rapidement leur énergie alors que les protons pénètrent plus profondément dans les couches du détecteur. Les photons, quant à eux, ne laissent aucune trace mais, dans les calorimètres, chacun d'eux est converti en un électron et un positron dont il est possible de mesurer l'énergie. C'est aussi de manière indirecte que l'on mesure l'énergie des neutrons: ils transfèrent leur énergie à des protons et ce sont ces derniers que l'on détecte. Enfin, seuls les muons parviennent à atteindre les couches les plus externes du détecteur (voir schéma ci-dessus). Toute particule détectée dans ces couches est donc un muon. Each part of a detector is connected to an electronic readout system via thousands of cables. As soon as an impulse is registered, the system records the exact place and time and sends the information to a computer. Several hundred computers work together to combine the information. At the top of the computer hierarchy is a very fast system which decides - in a split second - whether an event is interesting or not. There are many different criteria to select potentially significant events, which is how the enormous data of 600 million events is reduced to a few hundred events per second that are investigated in detail. The LHC detectors were designed, constructed and commissioned by international collaborations, bringing together scientists from institutes all over the world. In total, there are four large (ATLAS, CMS, LHCb and ALICE) and two small (TOTEM, LHCf) experiments at the LHC. Considering that it took 20 years to plan and construct the detectors, and they are intended to run for more than 10 years, the total duration of the experiments is almost equivalent to the entire career of a physicist. The construction of these detectors is the result of what could be called a ‘group intelligence’: while the scientists working on a detector understand the function of the apparatus in general, no one scientist is familiar with the details and precise function of each single part. In such a collaboration, every scientist contributes with his or her expertise to the overall success. ATLAS et CMS
Le LHCb L'expérience LHCbw4devrait nous aider à comprendre pourquoi nous vivons dans un Univers qui semble être quasiment exclusivement constitué de matière sans antimatière. Elle se focalisera sur les très légères différences qui existent entre la matière et l'antimatière en étudiant un type de particules appelé le quark beauté ou quark b (voir Landua & Rau, 2008, pour une explication de ce que sont l'antimatière et les types de quarks). Pour traquer, identifier et analyser les quarks b et leur consœurs d'antimatière, les antiquarks b, le LHCb est équipé de détecteurs mobiles à la pointe de la technologie qui se trouvent à proximité du chemin emprunté par les faisceaux circulant dans le LHC. ![]() Les responsables du projet LHCb devant les bobines de l'immense aimant dipolaire du détecteur. Avril 2004 Image reproduite avec l'aimable autorisation de CERN ALICE
La gestion des données: un défi On estime que le LHC devrait produire annuellement environ 15 pétaoctets (15 millions de gigaoctets) de données, soit assez pour remplir plus de 3 millions de DVD. Des milliers de scientifiques à travers le monde sont impatients d'accéder à ces données pour les analyser. Le CERN collabore avec des instituts de 33 pays pour gérer une infrastructure de stockage délocalisée: la Grille mondiale de calcul pour le LHC ou LCG (Large Computing Grid). Cette Grille permettra de distribuer les données des expériences du LHC à travers le monde, une sauvegarde principale demeurant au CERN. Après un traitement initial, les données seront envoyées à onze immenses centres informatiques. Ces centres de niveau 1 rendront les données accessibles à plus de 120 centres de niveau 2 où seront effectuées des analyses spécifiques. Tout scientifique pourra ensuite accéder aux données du LHC depuis son pays d'origine, via un ordinateur localement en réseau ou même avec un PC personnel. Mais qui travaille au LHC ? Liz Gregson, du Imperial College London Imperial College de Londres au Royaume Uni, nous parle de quelques uns des membres de l'équipe du CERN. Katharine Leney, physicienne sur l'expérience ATLAS
Le Dr Marco Cattaneo – coordination de projet
La version anglaise de cet article est issue du magazine des anciens étudiants du Imperial College de Londres, Imperial Matters. À l'heure de la publication: une fuite d'hélium au LHC Le 19 septembre 2008, à midi, neuf jours après le lancement des opérations, un incident provoqué par une connexion électrique défectueuse entre deux des aimants de l'installation s'est produit dans l'un des huit secteurs (secteur 3-4) du LHC. Suite à la montée en intensité du courant qui a dépassé 9000A, une zone de résistance s'est formée dans le câble ce qui a mené à une importante décharge d'énergie. Une seconde a suffi pour qu'une fuite se crée dans le compartiment d'hélium relâchant plus d'une tonne d'hélium liquide dans le vide d'isolation du système de refroidissement. Plusieurs aimants partageant un même vide d'isolation, la forte pression créée a occasionné des détériorations mécaniques dans pas moins de 24 dipôles et 5 quadripôles. Alors que nous nous apprêtons à publier cet article, le secteur 3-4 a été réchauffé pour que les réparations puissent se faire. Au moins 29 aimants devront être déplacés, remontés à la surface, réparés et testés avant d'être réinstallés et reconnectés. Il faudra également consciencieusement nettoyer les tubes de faisceau. Si ces réparations ne prendraient que quelques semaines dans un accélérateur de particules usuel, la complexité des installations supraconductrices du LHC fait qu'il faudra plusieurs mois de travail, suivis d'environ six semaines pendant lesquelles les aimants seront à nouveau refroidis jusqu'à atteindre 1,9K. On pense que les activités du LHC reprendront normalement en 2009. Dans un premier article sur le LHC (Landua & Rau, 2008), Rolf Landua et Marlene Rau présentent la physique des particules sur laquelle se fondent les expériences au LHC. Bibliographie Landua R, Rau M (2008) Le LHC ou comment se rapprocher du Big Bang. Science in School 10. www.scienceinschool.org/2008/issue10/lhcwhy/french Références internet w1 – Pour consulter le guide du LHC, suivre le lien: http://cdsweb.cern.ch/record/1092437/files/CERN-Brochure-2008-001-Eng.pdf
w2 – Pour de plus amples informations sur l'expérience ATLAS, voir: http://atlas.ch w3 – Pour de plus amples informations sur l'expérience CMS, voir: http://cms.web.cern.ch w4 – Pour de plus amples informations sur l'expérience LHCb, voir: http://lhcb-public.web.cern.ch/lhcb-public w5 – Pour de plus amples information sur l'expérience ALICE, voir: http://aliceinfo.cern.ch/Public/Welcome.html Une description bien plus détaillée du modèle standard et des expériences en cours au LHC est disponible dans l'ouvrage en allemand de Rolf Landua:
Boffin H (2008) ““L’intelligence est secondaire en recherche”. Science in School 10. www.scienceinschool.org/2008/issue10/tamaradavis/french Warmbein B (2007) Making dark matter a little brighter. Science in School 5: 78-80. www.scienceinschool.org/2007/issue5/jennylist Une partie considérable du site web du CERN est consacrée au LHC; voir: http://public.web.cern.ch/public/en/LHC Les pages du CERN proposent une riche base de données pédagogiques sur la physique des particules et des accélérateurs: http://education.web.cern.ch/education/Chapter2/Intro.html Ce matériel éducatif inclut notamment un jeu en ligne à propos du LHC. Il est disponible en français, en anglais, en allemand et en italien: http://microcosm.web.cern.ch/microcosm/LHCGame/LHCGame.html Le site web de la branche du Royaume Uni du LHC fournit des informations sur le LHC pour élèves et enseignants: www.lhc.ac.uk Rolf Landua est responsable du groupe Éducation du département de physique du CERN où il travaille depuis 1980. Physicien des particules allemand, il est le co-fondateur de l'Antimatter Factory au CERN et a mené le projet ATHENA qui a créé des millions d'atomes antihydrogène en 2002. Il est officieusement reconnu comme ayant inspiré le personnage de Leonardo Vetra, physicien de l'antimatière du CERN, assassiné dans les premières pages d'Anges et Démons, best-seller de Dan Brown repris par Hollywood (le film est sorti en mai 2009). Il donne des formations au CERN à des enseignants de physique venus de toute l'Europe, est régulièrement interviewé à la radio et à la télé et a récemment publié un livre en allemand sur la physique des particules au CERN (Am Rand der Dimensionen, À la Frontière des dimensions; voir ressources). En 2003, il a reçu le prix de la communication, décerné par la European Physical Society, pour son engagement dans la promotion de l'apprentissage de la science dans les écoles.
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