|
Categories:
Topics:
Tools
La fusion dans l’Univers: les sursauts gammaSubmitted by rau on 12 October 2009
Traduit par H. Boffin
Tout a commencé comme dans un film de James Bond. Dans les années 1960, en pleine guerre froide, les Etats-Unis lancent une série de satellites sensibles au rayonnement gamma afin de surveiller la conformité de l’Union Soviétique au Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires qui bannissait les essais d’armes nucléaires dans l’atmosphère, dans l'espace et sous l'eau. Heureusement, aucune explosion ne fut détectée dans l’atmosphère terrestre.
Lampes de poche ou phares marins? Non seulement, les scientifiques ne pouvaient pas savoir où ces sources se trouvaient mais ils ne pouvaient même pas déterminer leur distance. Etaient-ce des explosions se passant dans notre voisinage – dans le Système Solaire ou dans la Galaxie – ou bien plus loin ? Sans connaître la distance, il n’était pas possible de déterminer la puissance de ces événements : ne s’agissait-il que de petites étincelles à la surface de comètes, de comètes tombant sur des étoiles compactes, ou au contraire, de gigantesques explosions inconnues jusqu’alors ? La situation ressemble à celle d’une personne se promenant la nuit et voyant une lumière devant elle : est-ce une lampe de poche appartenant à quelqu’un de l’autre côte de la rue, les lumières d’une voiture éloignée, ou le signal rassurant d’un phare marin lointain? Les astronomes laissèrent leur imagination s’emballer. À un moment, il y eut une centaine de théories pour expliquer ce nouveau phénomène – plus que le nombre d’événements observés ! Comme c’est souvent le cas, des avancées ne furent possibles que grâce à de nouvelles technologies, en particulier avec le lancement de satellites scientifiques dédiés à l’observation dans le domaine des rayons gamma. L’instrument BATSE à bord de l’Observatoire en Rayons Gamma Compton de la NASA révéla qu’en moyenne, chaque jour, deux ou trois sursauts gamma illuminent l’Univers. BATSE a aussi montré que les sursauts gamma apparaissent dans toutes les directions. Cela contredisait une possible origine dans notre galaxie, la Voie Lactée, car, dans ce cas, on devrait voir la distribution aplatie typique des étoiles faiblement lumineuses. La raison en est que notre galaxie est un disque très aplati d’étoiles, comme le démontre l’apparence de la Voie Lactée elle-même, une bande d’étoiles traversant le ciel nocturne. Même si elles s’avérèrent cruciales, ces observations ne clôturèrent pas le débat, et à la fin des années 1980, les astronomes étaient toujours divisés en deux camps opposés : les uns pensaient que les sursauts gamma étaient des « événements locaux », comme des comètes tombant sur des étoiles à neutrons, et se trouvaient dans le halo de notre galaxie. L’autre groupe écartait une telle possibilité et soutenait que les sursauts gamma étaient des événements dramatiques, liés à la mort d’étoiles et la naissance de trous noirs, et qu’ils se passent partout dans l’Univers. La dispute fit rage jusqu’à ce que le satellite Italo-Néerlandais BeppoSAXw2, lancé en 1996, utilisa une combinaison de caméras X et de détecteurs gamma, afin de montrer que les sursauts gamma proviennent de galaxies très distantes. Depuis, on a découvert un sursaut gamma qui se trouve à plus de 12,8 milliards d’années-lumière, ce qui signifie que nous l’observons tel qu’il était lorsque l’Univers n’était vieux que de 900 millions d’annéesw3. Les phénomènes les plus puissants depuis le Big Bang Pour que les sursauts gamma puissent être détectés depuis la Terre, ils doivent générer de gigantesques quantités d’énergie. L’énergie libérée pendant un sursaut gamma en quelques secondes correspond à celle que le Soleil émettra pendant toute sa vie (environ 10 milliards d’années). En d’autres mots, ces événements sont si lumineux que pour un bref instant, ils rivalisent presque avec l’Univers tout entier! Mais ils ne durent qu’un très court moment: moins d’une seconde à quelques minutes. Excepté le Big Bang, les sursauts gamma sont de loin les phénomènes les plus puissants dans l’Univers. Les astronomes ont aussi été capables de déterminer que ces explosions perturbent une très grande région autour d’elle – dans un cas, environ 5.500 années-lumière, ce qui correspond à plus d’un cinquième de la distance entre le Soleil et le centre de notre galaxie. Toute cette matière devient ionisée : c’est-à-dire que les atomes sont dépouillés de la plupart, si pas de la totalité, de leurs électrons. S’il y avait de la vie dans cette partie de l’Univers, elle serait presque quasi sûrement éradiquée. En fait, certains scientifiques pensent que l’extinction massive de l’Ordovicien-Silurien, qui eut lieu il y a environ 450 millions d’années et pendant laquelle environ 70% de toutes les espèces vivant sur Terre furent éteintes, fut causé par un sursaut gamma proche. Les sursauts gamma sont donc des phénomènes incroyables qui dévastent leurs galaxies et libèrent d’énormes quantités d’énergie. La question qui se pose bien sûr est quel est le ‘moteur’ qui peut induire de tels événements. La formation d’un trou noir est un phénomène très puissant et les astronomes se sont demandés si les deux – trous noirs et sursauts gamma – sont effectivement liés. Même si les détails sont encore loin d’être peaufinés, les scientifiques pensent maintenant que le meilleur modèle pour expliquer les sursauts gamma est celui de la ‘boule de feu’. D’après ce modèle, pendant la création d’un trou noir, l’énergie libérée par l’explosion est stockée dans l’énergie cinétique d’une couche de particules – la boule de feu – qui s’étend à une vitesse proche de celle de la lumière. Tout d’abord, la densité de la matière est si élevée que même des particules aussi fugaces que les photons et les neutrinos ne peuvent s’échapper. Lorsque la boule de feu a atteint un diamètre de 100 à 100 milliards de kilomètres, la densité de la matière diminue suffisamment pour que les rayons gamma puissent s’échapper : une partie de l’énergie cinétique de la boule de feu est convertie en rayonnement électromagnétique, produisant un sursaut gamma. Long et court Les nombreuses observations de sursauts gamma ont révélé qu’ils peuvent être divisés en deux catégories : longs (plus de 2 secondes) et courts (de quelques millisecondes à deux secondes). La différence entre les deux n’est pas seulement leur durée : les sursauts courts produisent aussi des photons ayant une plus grande énergie que ceux produits par les sursauts longs. Clairement, même si les deux types de sursauts sont associés aux trous noirs, l’origine physique de ces deux types doit être différente. Ces dernières années, un grand effort international a permis de montrer de façon convaincante que les sursauts gamma longs sont liés à l’explosion ultime d’étoiles très massives (hypernovae), avec une masse initiale de plus de 30 à 40 fois la masse du Soleil et qui s’effondrent en un trou noir. Les preuves déterminantes furent fournies grâce aux télescopes de l’ESO en 2003w4. Utilisant le Very Large Telescopew5, de l’ESO, les astronomes obtinrent, pendant un mois, le spectre de la lumière résiduelle d’un sursaut gamma. Cela leur permit d’observer l’émergence graduelle du spectre d’une supernova, révélant l’explosion extrêmement violente d’une étoile.
Plusieurs autres événements ont permis aux astronomes de relier les sursauts gamma longs aux hypernovae. Un tel événement eut lieu le 11 décembre 2001 et fut observé par le satellite XMM-Newtonw6, de l’ESA, seulement onze heures après que le sursaut fut détecté. A cet instant, l’objet émettait sept millions de fois plus de rayons X qu’une galaxie normale ! Cela permit à XMM de prendre des spectres détaillés du sursaut, donnant l’occasion aux astronomes de détecter la signature typique de plusieurs éléments chimiques, comme le magnésium, le silicium et le nickel, qui sont typiquement éjectés par des étoiles qui explosent (pour plus de détails sur la formation des éléments, voir Rebusco, Boffin et Pierce-Price, 2007). Les astronomes étaient donc en train de détecter de la matière récemment éjectée par une supernova. Etoiles qui fusionnent Et les sursauts courts ? Jusqu’il y a peu, les astronomes n’avaient pas pu détecter la lumière résiduelle. Il n’était, dès lors, pas possible de les situer précisément et donc de déduire l’endroit ou ils se forment, ni de les caractériser par leur courbe de lumière (la variation de la luminosité en fonction du temps) ou leur spectre.
Quelques mois plus tard, les astronomes ont détecté, pour la première fois, dans le visible, la lumière résiduelle d’un sursaut gamma court. Les images obtenues à l’observatoire de l’ESO de La Silla, au Chili, ont permis de détecter une source qui s’affaiblissait à l’extrémité d’une galaxie. Les astronomes ont observé le sursaut, dénommé GRB 050709, pendant 20 jours, mais ne purent détecter aucun signal de supernova. Cela conforte encore une fois l’hypothèse que les sursauts gamma courts ne sont pas le résultat d’une hypernova mais plutôt lié à la fusion de deux étoiles très compactes conduisant à un trou noir.
Quarante ans après que les sursauts gamma aient été découverts, nous savons maintenant qu’ils apparaissent partout dans l’Univers, depuis sa frontière la plus ultime jusqu’aux galaxies proches. Nous avons également une explication pour les deux types de sursauts découverts. Mais la Nature est souvent plus compliquée qu’on veut bien le croire : grâce aux avancées des techniques d’observations, les astronomes continuent de découvrir de nouveaux types de sursauts gamma, et l’histoire est donc loin d’être terminée. Références Rebusco P, Boffin H, Pierce-Price D (2007) Fusion in the Universe: where your jewellery comes from. Science in School 5: 52-56. www.scienceinschool.org/2007/issue5/fusion Références Web w1 –ESO, l’Organisation Européenne pour des Recherches Astronomiques dans l’Hémisphère Austra: www.eso.org w2 – BeppoSAX: www.asdc.asi.it/bepposax/ w3 –Star Death Beacon at the Edge of the Universe (communiqué de presse ESO en anglais): www.eso.org/public/outreach/press-rel/pr-2005/pr-22-05.html w4 –Cosmological Gamma-Ray Bursts and Hypernovae Conclusively Linked (communiqué de presse ESO en anglais): www.eso.org/public/outreach/press-rel/pr-2003/pr-16-03.html w5 –Pour en savoir plus sur le Very Large Telescope, voir www.eso.org/public/astronomy/teles-instr/paranal.html (en anglais) ou Pierce-Price D (2006) Une journée dans la vie d’un des plus grands télescopes au monde, Science in School 1: 56-60. www.scienceinschool.org/2006/issue1/telescope w6 – XMM-Newton: http://sci.esa.int/science-e/www/area/index.cfm?fareaid=23 w7 –La page internet du satellite Swift de la NASA: http://swift.sonoma.edu/about_swift/grbs.html Ressources Pour en savoir plus sur les supernovae,voir: Székely P, Benedekfi Ö (2007)Fusion in the Universe: when a giant star dies... Science in School 6: 64-68. www.scienceinschool.org/2007/issue6/fusion GCN, le réseau des sursauts gamma: http://gcn.gsfc.nasa.gov/ Point de vue C’est un article très passionnant qui introduit et discute un phénomène impliquant une quantité immense d’énergie : les sursauts gamma. Cet article pourrait être utilisé pour stimuler une discussion sur l’origine et les mystères de l’Univers, de même que les découvertes scientifiques et les avancées technologiques en recherche. Il peut aussi encourager les jeunes élèves à s’intéresser et à s’impliquer en astronomie.
|