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Selected articles Boules de plasma: comment créer le 4e état de la matière avec des micro-ondesSubmitted by rau on 24 November 2009
Featured on frontpage?: no Traduit par Dominique Cornuéjols
Des scientifiques de l’Université de Tel Aviv en Israël ont volontairement créé des boules de feu dans une cavité à micro-ondes à l'ESRF (European Synchrotron Radiation Facility) à Grenoble, pour savoir de quoi elles étaient faites. Ils ont ainsi démontré qu’un simple four à micro-ondes permet de fabriquer des nanoparticules hautement ionisées (plasma poussiéreux).
Bien qu’à l’origine Jerby et Dikhtyar n’aient pas été fondamentalement intéressés par la production de boules de feu (ils voulaient plutôt s’en débarrasser), leur intérêt s’est éveillé petit à petit. Et ils ont finalement consacré les années qui ont suivi à un travail systématique pour arriver à générer à volonté des boules de feu à partir de verre fondu. Maintenant, en plus d’utiliser leur perceuse pour faire des trous, ils se servent d’une version modifiée pour créer des boules de feu. Vous trouverez quelques vidéos des boules de feu du Professeur Jerby sur son site webw3, mais beaucoup d’autres aussi, car de nombreux chercheurs amateurs de par le monde ont réalisé ce genre d’expérience. Banissons l’idée d’imiter Bill Beaty, un ingénieur de l’Université de Washington à Seattle, aux Etats-Unis (le risque de recevoir des morceaux de verre brûlant ou de détruire le four à micro-ondes me paraît trop grand), mais sa vidéow4 est vraiment intéressante
Bien évidemment, Jerby, Dikhtyar et leurs collègues ont voulu comprendre leurs boules de feu. Il leur semblait qu’elles étaient faites de matière sortie du verre fondu (voir image ci-dessous et les vidéos du site web du Professeur Jerbyw3), mais, si c’étaient des particules brillantes suspendues dans l’air, elles devraient être extrêmement petites. En effet, si les particules avaient une taille de l’ordre de quelques microns, elles diffuseraient la lumière visible de la même façon que des gouttelettes d’eau dans un nuage (qui ont une taille d’une dizaine de microns), et vous verriez un brouillard de gouttelettes de verre. Elles ne disparaîtraient pas aussi rapidement qu’elles le faisaient en réalité. La microscopie électronique est généralement la première technique utilisée par les scientifiques pour caractériser des structures sub-microniques – comme les particules hypothétiques dans les boules de plasma – mais vous ne pouvez pas créer une boule de plasma et la mettre dans le tube à vide d’un microscope électronique. Par contre, la technique de diffusion des rayons X aux petits angles (voir encadré) fournit un bon moyen pour savoir s’il y a des particules dans la boule de plasma et, si tel est le cas, pour les caractériser. A l’ESRF, les chercheurs ont créé des boules de feu dans leur cavité grâce à leur perceuse modifiée. Des rayons X (longueur d’onde 0,1 nm) venant du synchrotron par un tube à vide ont été envoyés dans la cavité à micro-ondes, remplie d’air à la pression atmosphérique. Les rayons X sont passés à travers les boules de feu (qui restaient immobiles pendant environ 1s) et sont ressortis de la cavité par un deuxième tube sous vide, allant jusqu’à un détecteur de rayons X placé à environ 5 m de là (voir diagramme). Les clichés de diffusion à petits angles obtenus ont été enregistrés à une fréquence de plusieurs (de 3 à 10) par seconde. Ces clichés ont démontré que les boules de feu étaient en fait composées de particules ayant un rayon moyen d’environ 25 nm – c’est-à-dire des nanoparticules. Les données ont aussi montré que les particules sont de taille très variable (ce qui est typique des aérosols) et qu’il y avait environ un milliard de particules par centrimètre cube. La fraction en volume de matériau solide dans la boule de feu est d’environ 10-7 ou 10-8. Ce qui veut dire qu’il y a seulement une très faible quantité de matière dans le nuage. L’analyse des données suggère également que les particules ont une surface irrégulière: les scientifiques ont trouvé que cette surface avait une dimension fractale de 2,6 (2,0 correspond à une surface très lisse, en deux dimensions, 3,0 à une surface en trois dimensions). Diffusion aux petits angles La technique SAS en rayons X peut vous donner la taille moyenne d’une particule (dans la gamme d’environ 1 nm jusqu’à quelques centaines de nanomètres), la distribution de la taille des particules, la forme des particules, ainsi que des indications sur leur structure interne, la rugosité de surface ou la séparation interparticulaire, mais toute cette information ne peut être obtenue instantanément par un seul jeu de données. Le cliché de diffusion n’est pas extrêmement précis (la plupart du temps on observe un dégradé dans l’intensité diffusée quand l’angle de diffusion augmente, occasionnellement on peut voir un pic assez large) et ne définit pas d’une façon unique les diffuseurs : deux clichés de diffusion très similaires peuvent, par exemple, être produits l’un par une population polydispersée (de taille et de forme variées) de diffuseurs sphériques, l’autre par une population monodispersée (de taille et de forme identiques) de diffuseurs cylindriques. Si bien que l’analyse de données fait appel à une méthode du style « supposer, vérifier, reconsidérer », où un modèle plausible est utilisé pour prédire ce que sera le cliché de diffusion, et sera ensuite comparé aux données réelles. Le modèle est révisé autant de fois que nécessaire de façon itérative. Mais pourquoi les particules brillent-elles? Pourquoi les chercheurs disent-ils qu’elles forment une boule de plasma? Lorsque les particules sont soumises aux micro-ondes, elles absorbent de l’énergie et leur température monte jusqu’à 730°C (1000 K). Cette énergie est ré-émise sous la forme d’une intense lumière visible. A 730°C les particules émettent également des électrons (émission thermo-ionique), faisant de la boule de feu un plasma poussiéreux (un nuage de particules solides ayant perdu des électrons, et donc hautement ionisées). Avec les rayons X de l’ESRF, les scientifiques ont cherché à savoir ce qu’il advient des boules de feu lorsque les micro-ondes sont arrêtées. Visuellement, la boule de feu disparaît après environ 30 ms, mais les rayons X continuent à détecter des particules pendant environ 4 secondes. Les particules sont toujours là, mais invisibles à l’œil nu, car trop petites. Les données rayons X ont montré que les particules (qui sont chargées et stables lorsqu’elles sont soumises aux micro-ondes) diffusent au début du refroidissement de la boule de feu et ensuite tendent à s’agréger pour former des clusters (Mitchell et al, 2008). Le professeur Jerby est depuis revenu à l’ESRF avec plusieurs matériaux à tester aux micro-ondes. Qu’a-t-il appris ? «Nous avons examiné des structures de boules de plasma faites de toutes sortes de matériaux, y compris du cuivre, des sels, de l’eau et du carbone. Il semble que nous soyons capables de générer des boules de plasma à partir de n’importe quel matériau…» Ce qui signifie qu’il a maintenant une méthode pour créer directement des nanoparticules de beaucoup de substances différentes. C’est très intéressant, car les nanoparticules ont de nombreuses applications, et les produire n’est pas toujours très facile. Les nanoparticules sont utilisées en médecine (par exemple pour l’administration de médicaments), en catalyse (pour nettoyer les polluants) et même dans le traitement des odeurs de chaussettes (qui repose sur des nanoparticules d’argent pour tuer les bactéries; voir Benn & Westerhoff, 2008). Pour une vue d’ensemble des nanotechnologies, voir Pickrell (2006), et pour utiliser la nano-technologie en classe, voir Mallmann (2009). Tout cela est très loin de la percée de trous dans la céramique. Lorsqu’on lui demande ce qu’il veut faire ensuite, le Professeur Jerby répond: Pour quelques expériences à faire en classe en se servant d’un four à micro-ondes, y compris la production de boules de plasma, voir Stanley (2009) dans ce numéro. Remerciements L’auteur voudrait remercier le Professeur Jerby, de l’Université de Tel Aviv, Israël ; Dr Narayanan de l’ESRF ; et Dr Schrempp, du Lycée Los Osos, Rancho Cucamongo, Californie, USA, pour leur aide sur cet article. Références Abrahamson J, Dinniss J (2000) Ball lightning caused by oxidation of nanoparticle networks from normal lightning strikes on soil. Nature 403 (6769): 519-521. doi: 10.1038/35000525. Vous pouvez télécharger l’article gratuitement à partir du site de Science in School (www.scienceinschool.org/2009/issue12/fireballs), ou vous abonner à Nature: www.nature.com/subscribe Benn TM, Westerhoff P (2008) Nanoparticle silver released into ater from commercially available sock fabrics. Environmental Science and Technology 42:11, 4133–4139. doi: 10.1021/es7032718 Dikhtyar V, Jerby E (2006) Fireball ejection from a molten hot spot to air by localized microwaves. Physical Review Letters 96:045002, 1-2. doi: 10.1103/PhysRevLett.96.045002 Mallmann M (2009) Nanotechnology in school. Science in School 10: 70-75. www.scienceinschool.org/2008/issue10/nanotechnology Mitchell JBA et al (2008) Evidence for nanoparticles in microwave-generated fireballs observed by synchrotron X-ray scattering. Physical Review Letters 100:065001. doi: 10.1103/PhysRevLett.100.065001 Pickrell J (2006). Instant expert: nanotechnology. New Scientist. www.newscientist.com/article/dn9939-instant-expert-nanotechnology.html Stanley H (2009) Microwave experiments at school. Science in School 12: 30-33. www.scienceinschool.org/2009/issue12/microwaves Références Web w1 – YouTube: www.youtube.com w2 – Pour plus d’information sur la perceuse à micro-ondes, voir la page web du Professeur Derby: www.eng.tau.ac.il/~jerby/microwave_drill/index.html w3 – La page web du Professeur Derby contient plusieurs videos de boules de feu et montrant comment elles sont générées: www.eng.tau.ac.il/~jerby/Fireballs.html w4 – L’expérience aux micro-ondes de Bill Beaty pour faire fondre une bouteille de bière: www.metacafe.com/watch/1004040/melt_a_frickn_beer_bottle w5 – Jean-Louis Naudin décrit comment créer de la foudre en boule dans un four à micro-ondes, en utilisant une feuille d’aluminium: http://jlnlabs.online.fr/plasma/4wres/index.htm w6 – Plus d’information sur la foudre en boule peut être téléchargée ici here. Halina Stanley est une physicienne de formation. Elle a passé dix ans comme scientifique dans l’industrie et la recherche publique, utilisant les techniques de diffusion des neutrons et des rayons X pour caractériser divers matériaux. Elle a ensuite rejoint l’Ecole Américaine de Grenoble, en France, où elle enseigne la plysique, la chimie et les mathématiques à des élèves du secondaire.
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