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Le plaisir de découvrir: une expérience personnelSubmitted by rau on 11 May 2009
Traduction: Henri Boffin
Il y a presque exactement 30 ans, en mars 1976, j’avais vu la même chose se passer pour une autre comète. Observant à travers l’un des plus grands télescopes de l’observatoire de l’ESO à La Silla, sur une montagne isolée du désert chilien de l’Atacama, j’avais été le témoin de la fin de l’une des comètes les plus brillantes du 20e siècle, plein d’admiration pour les forces de la nature en action. Mais, attendez, je dois raconter l’histoire depuis le commencement! Elle débuta bien plus tôt, au début des années soixante, lorsque des astronomes de plusieurs pays décidèrent d’unir leurs efforts et mirent sur pied ce qui allait devenir l’organisation astronomique européenne, l’ESO. L’une de ses tâches les plus importantes était de faire l’étude du ciel austral encore peu connu, en cartographiant des centaines de millions d’objets célestes situés au sud de l’équateur céleste. Un tel programme conduirait à la découverte de nouvelles étoiles, planètes, nébuleuses et galaxies, ouvrant de merveilleuses perspectives pour des études détaillées ultérieures et conduisant à un pactole astrophysique. Mon pays, le Danemark, a rejoint l’ESO en 1967. À ce moment, je travaillais à l’Observatoire Astronomique de l’Université de Copenhague. Deux ans plus tard, j’eus la chance d’obtenir un poste à l’ESO en tant qu’Astronome assistant le Directeur Général, le Professeur Adriaan Blaauw. En 1972, je fus chargé de mettre sur pied le nouveau laboratoire de l’Atlas du Ciel de l’ESO sur les lieux du CERNw3 à Genève, en Suisse, dans le cadre d’une collaboration entre les deux organisations sœurs. Le travail principal du laboratoire était la production de l’Atlas du Ciel Austral de l’ESO, consistant en des reproductions fidèles des plaques photographiques en verre de 30 x 30 cm prises avec une caméra géante (un télescope de Schmidt de 1 mètre), optimisée pour faire des relevés de grandes régions du ciel. À cette fin, je travaillais avec l’astronome allemand Hans-Emil Schuster et ses assistants, les frères chiliens Guido et Oscar Pizarro, qui réalisèrent les observations à La Silla, de même qu’avec l’équipe du laboratoire, comprenant Bernard Dumoulin, Françoise Patard, Bernard Pillet, et Jean Quebatte. Le vrai travail commença en 1974 lorsqu’un flux continu de plaques photographiques arriva à Genève, emballé méticuleusement dans de grands conteneurs afin de résister aux épreuves du long voyage depuis le Chili. L’une de mes fonctions était de vérifier ces plaques, juger de leurs qualités, par exemple en termes de qualité d’image et de magnitude limite (une mesure des étoiles les moins brillantes visibles sur la plaque). Seules les meilleures plaques, ayant les images les plus nettes et les objets les plus ténus, étaient incluses dans l’Atlas et plusieurs centaines de copies photographiques étaient réalisées et distribuées aux autres observatoires dans le monde. Sur ces plaques négatives, les images des étoiles et des galaxies apparaissaient comme de petits amas de grains d’argent sur l’émulsion photographique. Je commençais d’ordinaire par une rapide inspection visuelle – étant assez myope, je pouvais voir des détails assez petits sur les plaques. Ensuite, suivait une analyse poussée sous le microscope, examinant les plus petites ‘bavures’. L’étude de chaque plaque prenait normalement entre cinq et quinze minutes.
Dans les années soixante-dix, on découvrait à peine une vingtaine de comètes par an. Cela devenait passionnant! Une question se posait: où se trouvait cette comète dans le ciel? Était-elle déjà connue? Une vérification rapide dans les tables ne permit aucune identification évidente avec une comète connue. D’où venait-elle? De l’est ou de l’ouest? On ne peut savoir cela à partir de cette traînée isolée, mais supposez que je trouvais sa trace sur une autre plaque prise juste avant ou après celle-ci! Dans ce cas, la direction serait connue. Et si je trouvais trois traces, il deviendrait possible de calculer l’orbite et de prédire le mouvement de la comète! Cette plaque avait été prise par Guido Pizarro le 24 septembre 1975. Je cherchais dès lors sur d’autres plaques prises un mois plus tôt. Une heure s’écoula: je ne trouvais d’abord rien. Mais bientôt, sans trop y croire, je la vis: une autre trace, plus ténue, dans le coin d’une plaque prise par Oscar Pizarro le 10 août. Et une autre sur une plaque prise le 13 août! Je ne pouvais croire en ma chance. Perdu pour le monde, j’utilisais l’appareil spécifique pour déterminer les positions exactes sur le ciel des trois traces; cela me prit encore une heure. Le reste fait partie de l’Histoire. Nous envoyâmes un télex (il n’y avait pas de courriels à cette époque) avec les données à Brian Marsden du Bureau Central de l’Union Astronomique Internationale (IAU) à Baltimore (Maryland, Etats-Unis). Je rentrais à la maison ce soir-là et essayais de me détendre en famille, mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser sans cesse aux traces. La réponse télex de Brian vint le lendemain. Les trois traces étaient bien de la même comète, qui était jusqu’alors inconnue, et Brian pu calculer l’orbite. Le même jour, il fit paraître la Circulaire de l’UAI 2860 où, sous l’intitulé «COMET WEST (1975n)», il déclarait que «l’orbite indique que la comète sera idéalement placée pour des observations dans l’hémisphère nord dans le ciel au matin à la mi-mars 1976, avec une magnitude cinq». Magnitude cinq! Cela signifiait que cette comète pouvait devenir visible à l’œil nu! J’avais en fait découvert un objet relativement rare. Au fur et à mesure que la comète s’approchait du Soleil, sa brillance augmenta, comme prévu. Mais, à la mi-février 1976, elle prit tout le monde par surprise en devenant plus brillante d’un facteur 15 en seulement quelques jours. Elle disparut ensuite derrière le Soleil et à sa réapparition à la fin février, elle était devenue très brillante. En effet, plusieurs observateurs furent capables de voir la «tête» de la comète (le nuage de gaz et de poussières qui entoure le noyau) en plein jour. Quelqu’un indiqua: «brillante comme la planète Vénus».
La comète fut observée de façon intensive pendant cette période. Grâce à sa brillance inhabituelle, des recherches poussées purent être faites de sa composition et des structures impressionnantes composant ses queues colorées. Elle se brisa, devant les astronomes, libérant une grosse quantité de matériaux cométaires frais. D’énormes quantités de gaz incandescents, et la lumière réfléchie du Soleil, produisirent un formidable spectacle tant pour les professionnels que pour les amateurs, ainsi que pour de nombreux lève-tôt. Des photos admirables ont été prises, certaines par des enseignants et leurs classes. Les comètes sont nommées par l’Union Astronomique Internationalew4 d’après ceux qui les découvertes. Pour moi, avoir un objet céleste – «Comète West» - portant mon nom est un très grand honneur et un sentiment merveilleux! Ceci est une histoire personnelle qui illustre un important phénomène des sciences: la joie de faire une découverte. J’ai eu la chance de vivre ce moment fantastique dans ma carrière d’astronome, sans aucun doute cette après-midi à Genève, mais aussi parfois la nuit, face aux écrans d’ordinateurs, dans les observatoires montagneux. De tels moments n’ont pas de prix. Bien sûr, les scientifiques font des recherches pour contribuer à nos connaissances communes. Pourtant je pense que beaucoup partagent mon avis que ce n’est pas seulement le résultat final, mais aussi les diverses facettes du processus lui-même – et particulièrement certains moments rare et ô combien intenses sur le chemin de la compréhension –qui constituent les vrais points forts de la profession de scientifique. Références Webw1 – Pour plus d’information à propos de l’ESO, l’Organisation Européenne pour des Recherches Astronomiques dans l’Hémisphère Austral. w2 – Le communiqué de presse de l’ESO sur la comète Schwassmann-Wachmann 3. w3 – CERN est le plus grand laboratoire de physique des particules au monde. w4 – L’ Union Astronomique Internationale a pour but de promouvoir et de préserver les sciences astronomiques, au travers de coopérations internationales. RessourcesPlus d’informations sur la Comète West est disponible sur le site Cometography de Gary Kronk (en anglais). Des détails sur la Comète West sont aussi disponibles sur Wikipedia. La Circulaire 2860 de l’UAI annonçant la découverte est disponible ici (des informations sur la comète peuvent être trouvées dans les Circulaires 2910, 2919, 2924, 2927, et 2928). La Comète West devint une «grande comète» et fut techniquement la plus brillante – même si c’était seulement pour peu de temps – du XXe siècle. Des informations sur les grandes comètes sont disponibles sur:
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